Contre le tout voiture à Saint-Denis, Paris en Selle saisit la justice

Contre le tout voiture à Saint-Denis, Paris en Selle saisit la justice

Fin août 2020, Paris en Selle et les associations Vivre à Pleyel et Environnement 93, ont déposé un recours auprès de la Cour d’Appel Administrative de Paris pour demander la révision du projet de Franchissement Urbain Pleyel (FUP).

Le FUP est un des nombreux projets qui, dans la préparation des Jeux Olympiques de 2024, vont modeler durablement le paysage urbain et redessiner la ville. Le constat est sans appel : pour le moment, JO riment avec autos.

Dans sa conception actuelle, le FUP assure une place dominante aux véhicules particuliers, qui iront nourrir l’échangeur voisin de l’A86. Les vélos, eux, auront “le choix de passer côté voiture ou côté piétons”.

Paris en Selle et ses co-requérants saisissent la justice et défendent le projet citoyen alternatif d’un FUP consacré aux mobilités actives et aux transports en commun. Une campagne de financement participatif est lancée pour financer les frais d’avocats.

C’est quoi, le FUP ?

D’ici 2024, date à laquelle la France accueillera les Jeux Olympiques et Paralympiques, de nombreux projets d’aménagement de grande ampleur vont voir le jour en Seine-Saint-Denis et modeler la ville de manière durable. 

Le Franchissement Urbain Pleyel (FUP), présenté comme “liaison essentielle” des JO,  est un projet de pont habité, qui assurera le franchissement des voies ferrées qui scindent aujourd’hui Saint-Denis en deux.

Le FUP reliera la future gare de Saint-Denis Pleyel, à l’ouest, au quartier de Pleyel-Landy, à l’est. Cette nouvelle infrastructure permettra de résorber une coupure urbaine majeure et de désenclaver le quartier Pleyel-Landy.

La construction du FUP s’accompagne d’un projet de densification et d’urbanisation d’une zone de 3,4 hectares, la ZAC Pleyel (Zone d’Aménagement Concertée), composée de bureaux et de logements, dont les plans détaillés n’ont pas été communiqués.

Le coût du projet est estimé à 200 millions d’euros. La livraison du pont et la mise en service de la gare de Saint-Denis Pleyel sont prévues pour 2024, avant le démarrage des Jeux Olympiques.

Un projet du siècle dernier…

Paris 2024 affiche pour ambition d’organiser des JO durables, neutres en carbone, qui inventent la ville de demain. Il est encore temps de remanier le projet du FUP pour faire de ce futur quartier olympique un modèle de la ville du 21e siècle : une ville conçue pour ses habitants, apaisée et cyclable.

Le projet actuel du FUP est digne du siècle dernier. Il favorise la circulation des véhicules particuliers au détriment des mobilités actives et du vélo, dans un quartier où les seuils de pollution sont déjà bien au-delà des normes recommandées par l’OMS.

La gare de Saint-Denis Pleyel, où circuleront à terme les lignes 14, 15, 16 et 17 du métro, est accolée au FUP. Avec plus de 250 000 voyageurs/jour attendus, elle sera aussi fréquentée que la gare de Châtelet – Les Halles. Peut-on un instant imaginer les Halles surmontées d’une autoroute polluante ?

Alors que les lignes 16 et 17 du métro ne seront pas livrées à temps pour les JO, il est d’autant plus urgent de se tourner vers la solution vélo, et de faire de Paris 2024 des jeux vélolympiques.

Projection d’architecte du FUP (Marc Mimram Architecture)

peut en cacher un autre

Au nord du FUP, un autre projet tout aussi daté se prépare : l’échangeur autoroutier Pleyel. Sous couvert de moderniser l’actuel échangeur Pleyel, ce projet aura pour conséquence une forte augmentation de la circulation automobile dans tout le quartier.

Les projets du FUP et de l’échangeur Pleyel sont présentés par l’aménageur comme deux projets distincts alors qu’ils sont liés et poursuivent le même objectif : favoriser la circulation automobile (les voitures qui circuleront sur le FUP alimenteront logiquement l’échangeur). 

Les études d’impacts de l’échangeur et du FUP ont été conduites séparément lorsque une étude globale aurait dû être menée. C’est sur cette base que les associations Vivre à Pleyel et la FCPE ont engagé un recours contre le projet d’échangeur, et obtenu une première victoire devant le juge des référés avec la suspension des travaux.

Paris en Selle soutient le projet citoyen alternatif d’un FUP consacré aux mobilités actives et aux transports en commun. Ce projet inclut un réseau de pistes cyclables sécurisées et bien séparées du trafic sur l’ensemble de la ZAC.

Ce qui pose problème pour le vélo

La création d’une passerelle pour résorber la coupure urbaine majeure que constitue ce faisceau de voies ferrées est indispensable pour améliorer le quotidien des habitants du quartier Pleyel-Landy. Le projet actuel n’est pas pensé pour les habitants, notamment sur la question des mobilités. Il comporte des voies réservées aux véhicules individuels, des voies bus mais pas de piste cyclable en site propre.

Alors que Plaine Commune présente le FUP comme un grand pas en avant pour les mobilités actives, la réalité est toute autre : les vélos auront le choix slalomer entre les bus, ou les piétons sur le trottoir.

  • Les voies bus ne sont pas des aménagements cyclables. Les bus qui y circulent génèrent un fort sentiment d’insécurité chez les cyclistes.
  • Mélanger vélos et piétons est une recette éprouvée, qui ne fonctionne pas et crée des conflits d’usage, pénalisant à la fois les piétons et les cyclistes. Dans le cas du FUP, la suggestion frise le grotesque : l’APUR estime qu’aux heures de pointe, 137 personnes entreront chaque minute dans la gare de Pleyel (soit un flux semblable à Châtelet – Les Halles). Y circuler à vélo serait un jeu de quilles assuré.

Les demandes de Paris en Selle :

La priorité absolue doit être donnée aux mobilités actives : 

  • Nous voulons des pistes cyclables capacitaires et sécurisées, c’est-à-dire bien séparées du trafic (pas de voies bus mélangées), à la fois sur le pont mais aussi dans l’ensemble de la ZAC Pleyel.
  • Nous demandons du stationnement vélo capacitaire : alors que la gare de Saint-Denis Pleyel, accolée au FUP, accueillera un trafic similaire à la gare de Châtelet les Halles (250 000 voyageurs par jour), moins de 500 places sont actuellement prévues pour les vélos. Une politique cyclable véritablement ambitieuse consisterait à en installer dix fois plus.

Paris en Selle appelle les élus et décisionnaires des JO (Solidéo, COJO) à faire des jeux de 2024 un tremplin pour dessiner la ville de demain. Alors que les budgets sont revus à la baisse, et que les nouvelles lignes de métro ne seront pas livrées à temps, la solution vélo est à portée de main : il est encore temps de faire de Paris 2024 des jeux vélolympiques.

Soutenez le recours en justice en participant à notre campagne de financement participatif.