Projet de voie de bus sur Rivoli : bon diagnostic, mauvaise solution

Le nouveau Maire de Paris a annoncé un projet de création d’une voie de bus en plus d’une “voie voitures / voie polyvalente” sur la section ouest de la rue de Rivoli, afin d’y faciliter la circulation des bus. Si Paris en Selle partage le diagnostic d’un engorgement inacceptable des bus sur cet axe, la solution proposée est doublement mauvaise : elle ne ferait qu’aggraver le problème qu’elle veut résoudre, et envoyer un message politique diamétralement opposé à celui souhaité par le Maire.

Le paradoxe d’une voie de bus aggravant la circulation des bus 

La rue de Rivoli, sur laquelle les véhicules motorisés circulent d’est en ouest depuis Bastille jusqu’à Concorde, recouvre deux réalités géométriques de part et d’autre de l’intersection avec la rue du Louvre (métro Louvre-Rivoli) :

  • À l’est (Bastille-Louvre), sur 2,2 km, une section relativement étroite, où les bus sont mélangés avec la circulation motorisée générale, et où il n’y a physiquement pas la place de créer une voie bus en plus d’une voie voitures et de la piste cyclable.
  • À l’ouest (Louvre-Concorde), sur 1,4 km, une section plus large où, comme le dit le Maire, il y a en effet suffisamment d’espace pour créer une nouvelle voie dédiée aux bus et taxis, au prix certes d’un rétrécissement de la piste cyclable (qui paraît acceptable en l’état actuel du projet).

Le projet du Maire de créer une voie de bus sur la section ouest signifie aussi créer une voie 100% voitures sur cette section, ce qui y augmenterait largement le débit motorisé. Cette nouvelle voie voitures à l’ouest créerait un appel d’air accroissant encore le trafic de transit motorisé sur toute la longueur de l’axe, dès la Bastille : les automobilistes s’y engouffreraient en pensant traverser Paris et viendraient saturer la section est, où ils circulent avec les bus.

Ainsi, ironiquement, la volonté de fluidifier la circulation des bus sur la partie ouest mènerait à les engluer dans les bouchons sur la section est, beaucoup plus longue, neutralisant le gain de temps créé à l’ouest, et ruinant l’objectif louable du Maire.

Le terrible symbole d’un retour de la voiture sur l’axe royal

Ainsi, ce projet augmenterait la place dédiée à la voiture et recréerait un bouchon ininterrompu de Bastille à Concorde. Cela dégraderait l’espace public au préjudice des piétons et cyclistes et enverrait un mauvais signal : celui du retour de la voiture reine, à l’opposé du projet politique sur lequel le Maire a été largement élu.

Depuis 2020, la rue de Rivoli est devenue le symbole mondial d’un rééquilibrage réussi de l’espace public au profit de la marche et du vélo : c’est là que se trouve, pour citer le Maire, “la plus belle piste cyclable du monde”. Le projet annoncé détruirait cet héritage, en actant le retour de la pollution visuelle, sonore et olfactive sur l’une des plus belles rues de la capitale – sur l’axe royal historique de Paris. 

Le patrimoine remarquable de Rivoli mérite mieux qu’un alignement de carrosseries et de pots d’échappement, comme à l’ère du tout-voiture de Pompidou.

Une meilleure solution existe : assécher le trafic de transit

Le souhait du Maire d’améliorer la circulation des bus sur Rivoli est réalisable. Si les bus avancent mal sur cet axe, ce n’est pas par manque de voies de bus, mais car la rue est saturée par des véhicules qui n’ont rien à y faire. La nouvelle équipe municipale, comme la précédente, souhaite – à juste titre – que le trafic de transit dans Paris Centre soit limité. L’actuelle Zone à Trafic Limité (ZTL), qui poursuit ce but, n’a rien limité, faute de contrôles.

Pour préserver les bus, piétons et cyclistes, il faut préserver l’hyper-centre du trafic de transit. Les solutions existent et sont éprouvées, y compris à Paris : cela peut passer par l’utilisation de filtres modaux et de changements de sens de circulation pour interdire le transit tout en préservant les accès légitimes (riverains, livraisons, services d’urgence). 

Le Maire souhaite poursuivre ses objectifs avec davantage de concertation : Paris en Selle est disponible pour en discuter avec l’équipe municipale.